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Guillaume de Nogaret et ses successeurs en Vaunage.

Résumé de le conférence " Guillaume de Nogaret et ses successeurs en Vaunage ", faite à Aujargues par Henri de Cadolle, le 16 septembre 2011 à l'occasion des Journées Européennes du patrimoine;

 

 

Aucune biographie complète n'a été consacrée à Guillaume de Nogaret, légiste et homme d'État. Il est principalement connu par les romans historiques et certains films. Toutefois, tous les commentaires portés sur lui, font ressortir un homme déterminé, fidèle à son roi et attentif à la défense de la France. Il fut attaché à Philippe le Bel de 1295 à sa mort, en 1313. Il sera chancelier de France en 1303 et garde du sceau en 1307.

 

Pour le récompenser de ses services, le roi lui accorda 800 livres de rente, partie en 1303, partie en 1304. Il fallut alors établir l'Assise de cette rente, c'est à dire affecter à Guillaume de Nogaret des biens immobiliers ou des revenus qui procurent ces 800 livres de revenu annuel. Le sénéchal de Beaucaire, commis à cet effet, attribua le territoire de Marsillargues , ainsi que "le château de Calvisson avec la terre de Vaunage et toutte la viguerie" . En 1306, une évaluation fut faite : celle ci fit ressortir qu'il manquait 263 livres ! Le sénéchal ajouta, alors, les revenus qu'avait le roi dans tous les villages proches de Calvisson. Ces revenus pouvaient provenir de terres, de justice ou d'avantages en nature. Au total, 46 villages étaient concernés par cette Assise. C'est ainsi que, pour Aujargues, on note : toute juridiction, haute et basse du lieu, son terroir et tènement, où il y a cinquante feux, estimée sept livres dix sous, à raison de trois sous par feu. Plus vingt cinq sous pour les censives que le roi a sur les jardins du dit lieu. Il n'est pas question de biens immobiliers ou de terres, dans cette attribution sur Aujargues.

 

Cette Assise était transmissible, mais seulement aux héritiers mâles. Cette clause créera de nombreux ennuis aux successeurs de Guillaume de Nogaret. Son petit fils Raymond, dernier du nom, n'eut pas d'enfant de ses deux mariages. En 1277, il laissa tous ses biens à Raymond d'Apchier, fils d'un premier mariage de sa deuxième épouse, Marie de Beaufort, sœur du pape Grégoire XI !

 

Dans cette donation, qu'il fit approuver par le roi Charles V, Raymond de Nogaret spécifiait que Raymond d'Apchier et ses successeurs devaient porter le patronyme de Calvisson, du nom de la viguerie donnée par Philippe le Bel. Il spécifia, à nouveau, cette clause dans son testament du 3 octobre 1384.

 

À la mort de Raymond de Nogaret, Raymond d'Apchier dut se battre pour conserver les biens de l'Assise, mais il y parvint et put mettre de l'ordre dans la succession. Malheureusement, à son décès en 1420, il ne laissa qu'une fille, Blanche, qui avait épousé, en 1409, Renaud de Murat. Très vite, les biens furent saisis et Renaud de Murat mettra 27 ans pour les récupérer. La France, à cette époque, traversait une période difficile : souvenons nous de Jeanne d'Arc !

 

En 1425, le roi Charles VII donna, en usufruit, à sa belle mère, Isabelle d'Aragon, les biens des Calvisson. Cette donation compliqua la tache de Renaud de Murat, qui, de plus, n'avait qu'une fille, Marguerite. Un peu plus tard, et on ne sait comment, il rentra en contact avec Jean de Louet, président de la Chambre des Comptes d'Aix. Murat était pauvre, alors que Louet était riche et influent. Celui ci, était proche du roi, Charles VII et l'avait également été d'Isabelle d'Aragon. Toujours est il que le 3 juin 1438, Marguerite de Murat épouse Louis de Louet, fils de Jean. Le marié promettait de poursuivre l'action en recouvrement des biens des Calvisson. Il y mit 12 ans et le 26 mai 1449 le Parlement remit Marguerite de Murat en possession de son héritage. Il s'en suivit une période relativement calme sur le plan de la transmission de l'Assise.

 

Il est à noter, que, vers 1530, un cadet, Jean de Louet, hérita de la seigneurie de Saint Alban, aujourd'hui en Lozère, venant des Apchier. Ses descendants la conservèrent jusqu'en 1821.

 

Un peu plus tard, le 16 décembre 1579, un autre cadet, prénommé également Jean, reçoit la propriété de la seigneurie d'Aujargues, qui ne fait pas partie de l'Assise. Ce Jean de Louet fonde la branche des Calvisson d'Aujargues. Curieusement, c'est cette branche cadette qui, la première, accolera à son nom celui de Nogaret.

 

Les Louet de la branche ainée, se succèdent comme détenteurs de l'Assise et de biens propres acquis au fil des siècles. En 1575, le château de Calvisson fut démantelé et il ne fut jamais reconstruit. Dans la première partie du dix-septième siècle, un Jean louis de Louet est chambellan de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, qui se soulève contre Richelieu. Louet sera déchu de sa baronnie. Toutefois, ses biens ne furent pas saisis . À la mort de Louis XIII, il retrouva ses droits et, en mai 1644, la baronnie de Calvisson fut élevée en marquisat. C'est, à cette époque, qu'il fit reconstruire le château de Marsillargues, dans le style Renaissance. Ce château sera d'ailleurs complété, en 1679, de l'aile sud, par son fils, Jean louis également.

 

En 1707, il ne reste, de la branche ainée, que deux filles, dont l'une, Louise, épousera son cousin, au cinquième degré, Louis, de la branche d'Aujargues. Toutefois, il fallait avoir l'accord des trois oncles de Louis, qui vivaient encore. Pour cela, le 3 mars 1711, chacun reçut, en viager, des biens propres. L'ainé, Jean Louis, dit l'abbé de Nogaret, reçoit les seigneuries d'Aujargues et de Congénies, ainsi que la ferme de Livières à Calvisson.

 

Louis et Louise eurent trois enfants, dont deux fils. L'ainé, François, mourut peu de temps après son père, en 1752. Son frère, Anne Joseph, lui succède. Celui ci se maria deux fois et eut un garçon, Joseph, et six filles. A sa mort, en 1781, son fils étant mineur, il laissa l'usufruit à son épouse, née Pauline du Cheyla. Pendant la révolution, ils subirent des taxes dites patriotiques et leurs biens furent mis sous séquestre de 1793 au 15 novembre 1796, pour les biens propres. Pour les biens de l'Assise, une loi du 4 mars 1797 autorisa les ex-propriétaires à les récupérer, moyennant le paiement du quart de leur valeur. Après paiement de 19 993,65 francs, le 29 septembre 1799, l'Administration du département de l'Hérault remet les Calvisson en possession de leurs biens. Peu de temps après en 1800 et 1801, la mère et le fils vendent tous les biens du Gard, dont Aujargues. Le château de Marsillargues n'avait pas subi de dommages, mais celui d'Aujargues avait été incendié en 1792.

 

Joseph, dernier marquis de Calvisson, se maria en 1806 et mourût en 1855. Il n'eut qu'une fille, Eugénie, qui épousa, en 1837, le baron Prosper de Calvière. Après les Calvière, le château de Marsillargues passa à leur cousin Eugène de Saizieu. Ces deux familles ne reprirent jamais le nom de Calvisson.

 

Le château brula le 20 mai 1936. il fut vendu, le 3 novembre 1947, à la commune de Marsillargues qui en est toujours propriétaire.

 

Sources : Archives familiales.

 

Louis Thomas : La vie privé de Guillaume de Nogaret (1904) -Les familles substituées (1928).

 

La Roque : Armorial de le noblesse de Languedoc.